Depuis 1985 notre activité de consultants r.h. est de proposer des “aides ΔH”, c'est-à-dire des moyens de connaissance de soi et de Δéveloppement Humain.

Les âges charnières de la vie

Les Grecs avaient déjà une vision rythmique des âges de la vie :

« Sept. L’enfant perd ses dents et d’autres les remplacent,
Et son esprit s’accroît. Sept encore se passent,
Et son corps florissant se prépare à l’amour.
Trois fois sept, sa vigueur va grandissant toujours
Et sur sa fraîche joue un blond duvet se lève.
Sept encore. Il est mûr pour les travaux du glaive
Son esprit et son corps sont tous deux accomplis.
Cinq fois sept : il est temps que vers de justes lits
Il tourne sa pensée et choisisse une femme.
Six fois sept : il a su enrichissant son âme
Vivre, penser, combattre, obtenir, s’efforcer,
S’il le fallait, sans deuil il pourrait renoncer
Aux biens trop éloignés, au but peu accessible,
Content dorénavant de jouir du possible.
Sept fois sept, huit fois sept, il se connaît soi-même.
Neuf fois sept : tout en lui a gardé sa fierté,
Mais sa voix au Conseil est désormais moins sûre,
Il sent diminuer sa vieille autorité.
Dix fois sept : de la vie il a pris la mesure,
Il va pouvoir dormir avec sérénité »

Texte de Solon l’Athénien — mort à 82 ans et qui disait : « je deviens vieux en apprenant toujours » — cité dans Philon, sur La Genèse 24, traduit par Marguerite Yourcenar.

28 ans à la fin de la première strophe. Aujourd’hui les statistiques de l’INSEE approuvent, qui marquent à cet âge la fin de la « jeunesse » ! Dont la préoc-cupation constante est double : « se trouver » et « s’insérer ».

Il est amusant de comparer ces résultats aux âges des Romains ! A 7 ans, fameux « âge de raison », tout était-il joué ? L’infancia (petite enfance) le cédait à la pueritia (ou enfance, le garçon pubère de 14 ans ayant le droit de se marier). L’adulescentia romaine allait de 14 à 28 ans… jusqu’au dévelop-pement complet de la barbe !

Etaient Pueri les enfants non mobilisables, avant 17 ans, âge de la majorité juridique.

Au delà, les 18-48 ans représentaient « la jeunesse » (Juniores ) ! Au sens de pleine activité, dans la force de l’âge.

29-35 ans puis 36-42 ans et 49 ans en fin de seconde strophe : trois tranches de vie pour un adulte devenu réaliste.

Puis le cap des 50 ans est allègrement franchi, et l’homme, se connaissant luimême, peut atteindre en forme ses 63 ans. A ce stade le pur, dur, mûr, sûr de l’actif dans la force de l’âge le cède à moins de forces et l’installation de la vieillesse. Rappelons que 50 ans était un grand âge chez les Romains, celui des Seniores , temps de l’otium (temps libre, loisir) et de l’expérience, de la sagesse.

70 ans, bel âge où l’on parle encore au futur, où l’on philosophe en vue de s’endormir l’âme sereine…

De Pythagore (premier des philosophes au -VIè siècle, pour qui toutes « les choses sont nombres ») à la Renaissance (du Trecento au Cinquecento des XIVè et XVIè siècles) l’on a considéré globalement pendant deux mille ans quatre (grands) âges de la vie : enfance, adolescence, maturité, vieillesse, en associant des caractéristiques à chaque âge. Dans cette conception occidentale, « être soi-même pour devenir ce que l’on est » est resté l’idéal du sage.

Il apparaît aujourd’hui que le « développement personnel » continue tout au long de la vie avec ses (nécessaires) transformations successives. Ce développement psychologique est de moins en moins perçu comme une évolution pointant vers le stade d’accomplissement que serait l’âge adulte, avant de connaître une régression. On le voit davantage comme une succession d’âges avec, pour chacun de nous, des centres d’intérêts, des besoins, des motivations propres.

Une enquête récente de février 2012 — d’Ipsos pour l’Observatoire de la Maturité, faite dans 8 pays : Allemagne, Espagne, France, Grande Bretagne, Italie, USA, Chine et Japon — aboutit à de surprenantes conclusions, la principale étant que notre époque est marquée par des âges-clés :

* la majorité de ces populations considère que le passage à l’âge adulte se situe vers 27 ans ; des Allemands aux Japonais, d’un même élan l’on ne pense entrer dans l’âge mûr qu’à la quarantaine !

* de 27 à 40 ans, les gens se considèrent adultes certes mais encore « jeunes » : « jeunisme » d’une « cible » qui s’assume financièrement, tout en demeurant très réceptive à qui lui propose des styles de vie clé en main.

* selon l’Observatoire, ces « jeunes » adultes (27-40 ans) sont clairement tournés vers les aspects les plus matériels de la vie, alors que l’étape suivante de la maturité (adultes mûrs de 40-55 ans) est plus psychologique et spirituelle.

* si l’on écoute les personnes interrogées, la vieillesse se déroule en deux temps.

Une pré-vieillesse se joue vers 55 ans (le « 3è âge », les « seniors » de certains) quand on est encore en bonne santé mais que l’on prend conscience (coup de sonnette psychologique) que sa propre mortalité se précise. Une seconde étape du vieillissement se joue après 65 ans au moment où la santé prend une place de plus en plus importante (prise de conscience physique).

De fait, on ne peut comprendre le chemin de vie d’un être humain dans une démarche linéaire de changement. Il est dans une démarche rythmique, de bonds successifs qui le font progresser dans une spirale psychique. Depuis les empreintes de l’enfance, il y a en l’adulte une rythmicité — nombre d’enquêtes et études lui font épouser le chiffre 7, « magique » et symbolique dans toutes les cultures… devenu aujourd’hui nombre maximal d’éléments qu’est capable de traiter l’esprit humain — est inhérente à chaque individu : à chaque fois qu’un rythme s’achève et qu’une autre commence, il laisse une « trace » psychologique comprenant tout à la fois forces et faiblesses, pertes et acquisitions. A chacun son « horloge » !

Cette rythmicité peut être renforcée par des rites de passage, qui varient selon les époques et les lieux. Et Victor Hugo de dire : « avant de s’agrandir au dehors, il faut s’affermir au dedans ». Il y a donc bien « des âges de vie » (non plusieurs vies) mais « l’homme arrive novice à chaque âge de sa vie » écrit amèrement Chamfort (Maximes et Pensées). D’où des périodes propices. «Life, at its best, is a flowing, changing process in which nothing is fixed » (la vie à son meilleur est un processus fluide et changeant en lequel rien n’est fixé) dit Carl Rogers (On Becoming a Person, 1961). Erik Erikson, avec ses huit stades de développement psycho-social, montre qu’il existe bien plusieurs périodes propices à « faire le point du changement en cours ».

Jacques d’Oc, mars 2012