Depuis 1985 notre activitĂ© de consultants r.h. est de proposer des “aides ΔH”, c'est-Ă -dire des moyens de connaissance de soi et de Δéveloppement Humain.

Un chemin de conscience de soi


Tous les chemins ne mĂšnent pas Ă  Rome ! ni Ă  Santiago ! ni Ă  La Mecque !
S’il en est UN qui importe, c’est celui de DÉCOUVERTE de SOI ... que l’on fait une fois dans sa vie, sinon deux.

1 — Sur ce chemin de soi l’on devient PÉLERIN.

Étymologiquement c’est un expatriĂ©, un inconnu qui effectue un VOYAGE vers un endroit qui renferme quelque chose de sacrĂ© pour lui, fĂ»t-ce son bonheur, sa psychĂ© ou son dieu.

 

Pour le pĂ©lerin qui a naviguĂ© aujourd’hui aux quatre coins de la planĂšte psychologique (celle des "profondeurs", du "behaviorisme", des "humanistes", du "cognitivisme", etc), il s’agit de prendre quelque recul sur ses lectures ou sur l’utilitaire quotidien, pour faire le tour de plusieurs "fonctions" psychologiques qui constituent toute personnalitĂ©.

Carl JUNG disait : "j’entends par fonction psychologique une certaine forme d’activitĂ© psychique qui malgrĂ© le changement des circonstances reste en principe semblable Ă  elle-mĂȘme". Ainsi des fonctions courantes concernent le je sens, je me meus, je m’émeus, je ressens, je pense ou autre... Le Moi est une grande fonction intĂ©gratrice de ces fonctions composant ma personnalitĂ©.

Aujourd’hui les Ă©tudes et recherches "fonctionnelles" portent sur les relations entre fonctions psy et structures biologiques (particuliĂšrement neuronales, sinon biochimiques), sur la variabilitĂ© et la plasticitĂ© des fonctions, sur leur statut causal et leur rĂŽle explicatif.

2 — Commençons notre chemin par celui qui traverse le CHAMP de CONSCIENCE.

Ce terme de conscience — d’ailleurs "l’un des plus difficiles Ă  dĂ©finir" dit Comte-Sponville — se heurte Ă  la problĂ©matique de l’auto-dĂ©finition. L’adage bouddhiste n’énonce-t-il pas : "un couteau ne peut se couper lui-mĂȘme", de mĂȘme qu’Auguste Comte n’affirme-t-il pas que "personne ne peut se mettre Ă 
la fenĂȘtre et se regarder passer dans la rue
" ?

Grande fonction intĂ©gratrice, la conscience (transitive) est cette "relation intĂ©riorisĂ©e qu’un sujet est capable d’établir avec lui-mĂȘme ou avec le monde dans lequel il vit". Pragmatique, l’anglais dit “consciousness is the quality of being aware of an external object or something within oneself”.

Disons avec bon sens et quand on ne dort pas, "je suis conscient de... = je me rends compte de..." MĂȘme si le cerveau est l’organe Ă  travers lequel la conscience se manifeste mais il n’est pas ce qui produit la conscience, assurent les chercheurs...

Dans le champ couvert par ma conscience, les fonctions psychologiques le plus souvent explorĂ©es concernent : je sens - je bouge (couple sensorimoteur), je m’émeus, je ressens, je pense, je dis (avec plusieurs langages), je raisonne, je crĂ©e, je prends plaisir, tout cela si je le veux ou pas !

Notre chemin de découverte commence avec ...

01 Je sens — les Sensations (Sensations) m’informent du milieu ambiant.

Cette fonction psychologique vitale transmet et vĂ©hicule les messages donnĂ©s par l’extĂ©rieur via les cinq sens : vue, toucher, ouĂŻe, odorat et goĂ»t ayant respectivement pour organes l’oeil, la peau, l’oreille, le nez, les papilles et pour stimuli la lumiĂšre, le contact (pression, tempĂ©rature, douleur), les ondes sonores, les substances gazeuses, les substances dissoutes.

Mais il est bien d’autres sensations : sens de l’observation, du temps, de l’orientation, de la vitesse, de l’accĂ©lĂ©ration, sensations vaso-motrices (troubles circulatoires), coenesthĂ©siques (impression gĂ©nĂ©rale, Ă©quilibre), extra-sensorialitĂ© mĂȘme...

02 Je bouge — la MotricitĂ© (Motricity), qui va de la dĂ©tente Ă  la tension.

La motricitĂ© manifeste l’activitĂ© de notre corps, elle n’est pas rĂ©gulĂ©e (comme la sensation), elle est prĂ©sente dans l’ici et maintenant. Elle se traduit par des rĂ©actions internes (couple sensori-moteur), par son immobilitĂ©, par sa dĂ©tente, sa relaxation, par ses postures (concentration yoga, contemplation bouddhiste, mĂ©ditation zen), par ses automatismes, par ses mouvements expressifs (attitudes), transitifs (actes) ou ludiques (jeux).

Survient alors sur le chemin un instant t ...

03 Je m’émeus — l’EmotivitĂ©
(Emotions), ici et maintenant, accepte l’agrĂ©able (pleasant) ou rejette le dĂ©plaisant (unpleasant).

Les Ă©motions, qui sont universelles, ex-priment (= font sortir) nos rĂ©actions affectives dans l’instant et dans une situation donnĂ©e, l’indiffĂ©rence Ă©tant rare devant la spontanĂ©itĂ© (l’authenticitĂ©) manifestĂ©e.

Sujet d’intĂ©rĂȘt depuis l’émergence de la psychologie humaniste en 1950-1960 ("l’émotionnel" Ă©tant actuellement dominant !), des Ă©tudes ont montrĂ© que (en 1959 et 1964) :

- dans la mĂȘme situation (Ă©mouvante), les individus prĂ©sentent des rĂ©ponses Ă©motives diffĂ©rentes ;

- face Ă  diffĂ©rentes situations (Ă©mouvantes), un individu tend Ă  prĂ©senter un mĂȘme patron (pattern), relativement stable, de rĂ©ponses Ă©motives (inconnu de la plupart des gens) ;

- il existe un nombre trÚs limité de réponses émotives humaines (une douzaine), "adjacentes" les unes aux autres via des axes affectifs et expressifs opposés.

précédant une durée du ...

04 J’aime ! — les senTiments
(Feelings) sont des jugements de valeur selon une logique de l’agrĂ©able (pleasant) ou non.

Le sentiment est toujours un Ă©tat d’ñme Ă  propos de quelqu’un ou de quelque chose ; contrairement Ă  l’émotion, fugace, il dure (plus ou moins). Il provient soit d’une sensation, qu’il colore de tonalitĂ©s affectives (en anglais to feel = sentir + ressentir), soit de l’inconscient (pulsion ou dĂ©sir) oĂč il plonge ses racines.

C’est un vĂ©ritable "jugement" du coeur qui Ă©tablit sa propre Ă©chelle de valeurs selon une logique affective irrationnelle parce qu’elle n’a pas besoin de comprendre ("le coeur a ses raisons que la raison ne connaĂźt point" a prĂ©venu Pascal, adage traitant de la religion mais que le peuple, dans son bon sens, a attribuĂ© Ă  l’ordre du coeur).

Ce jugement s’applique Ă  des affections primaires (humeur, tourment, malĂȘtre, lassitude, bien-ĂȘtre...), Ă  des affections secondaires ou "inclinations" (Ă©tat d’ñme, attente... aussi bien qu’allant, dynamisme), Ă  des sentiments touchant au moi (moi Ă©quilibrĂ©, sentiments d’infĂ©rioritĂ©, de supĂ©rioritĂ©).

Il s’applique surtout aux sentiments sociaux : affection, tendresse, sympathie, respect de l’autre, amitiĂ©, amour... ou dĂ©ception, ressentiment, jalousie, vengeance.

Dans les "grands" sentiments, la psychologie ignore ceux moraux, politiques ou religieux pour ne considérer que les esthétiques.

Quittant le corps (Ă  ses niveaux physique et affectif), le chemin monte Ă  l’esprit, parle et rĂ©flĂ©chit...

05 Je pense — les peNsĂ©es (Thoughts) perçoivent, se reprĂ©sentent, connaissent.

Cette fonction est rĂ©putĂ©e caractĂ©ristique de l’homme : il s’agit de la cognition au sens large (champ de l’Informatique, de l’Intelligence Artificielle, du cognitivisme depuis 1955).

Elle concerne insights et intuition (comprĂ©hension spontanĂ©e), rĂȘves, Ă©tats de conscience, percepts, reprĂ©sentations (classification, comparaison) et fonctions mentales (conceptualisation, mĂ©morisation, rĂ©seau de connaissances) et 7 opĂ©rations dites "intelligentes" ; abstraire, apprendre, chercher, rĂ©soudre, modĂ©liser, dĂ©cider, se tromper (de fait retour d’expĂ©rience pour corriger son erreur).

06 Je dis = logos, au triple sens grec de parole, "discours" logique et relation — les lanGages
(Languages) codent l’information en message ET Ă©tablissent un lien humain.

La langue ("maternelle", "étrangÚre(s)" en surcouche) est le vecteur expressif fondamental. Nous utilisons ce matériau, plus ou moins "riche", à notre guise et de façon personnalisée.

Jakobson a montré (1960) que nous communiquons grùce à 6 fonctions
du langage
: 3 fonctions (expressive, conative et phatique) pour établir (et maintenir) la LIAISON humaine, 3 autres (référentielle, poétique, métalinguistique) servant au CONTENU du message.

07 Je rĂ©flĂ©chis — la logiQue d’action
(Logic of action) marque d’abord une
pause, concentre son attention, examine
(la question, le problĂšme) puis
raisonne et pùse les arguments en vue d’une action transitive
(c’est-Ă -dire orientĂ©e vers un but rationnel).

Le "logicien" raisonne toujours de façon "balancée". Les raisonnements sont de type déduction
<=> induction, analyse
<=> synthĂšse, diagnostic
<=> pronostic, du fait au fait ou de cause à effet, par analogies, etc.

Remarquons que la « dĂ©mo » (dĂ©monstration), non balancĂ©e, donc unilatĂ©rale, n’est pas un vrai raisonnement !

Mais difficultĂ©s et problĂšmes rencontrĂ©s incitent le chemin Ă  passer par l’imagination constructrice...

08 Je crĂ©e — la CrĂ©ativitĂ© (Creativity) est l’imagination qui positive, qui fait dĂ©couvrir des choses nouvelles.

Cette fonction permet de combiner des élements pré-existants en
arrangements nouveaux
. ChargĂ©e d’émotion spontanĂ©e, la dĂ©marche devient "poĂ©tique" au sens grec, c’est-Ă -dire crĂ©atrice, imprĂ©vue, nouvelle. Ce qui suppose 3 postulats

- l’élĂ©ment Ă©motionnel (to feel) est essentiel ;

- ses Ă©lĂ©ments irrationnels ne doivent pas ĂȘtre des freins (a brake) ;

- les processus qui sous-tendent la crĂ©ativitĂ© peuvent ĂȘtre dĂ©veloppĂ©s.

L’école amĂ©ricaine, toujours pratique, se base sur ces trois postulats et dĂ©finit ainsi les voies de la CREATIVITY = Combine, Reverse, Enlarge, Adapt, (get) Tinier, Instead of, View point of, In other way, To other use and big Yes (= why not?).

... et sur ce chemin de l’AGIR, il manque Ă  l’action logiQue et CrĂ©ative le plaiZir... pour qu’elle soit "pleine" !

09 Je prends plaiZir — le plaiZir
(Pleasure), toujours physique, est une dĂ©charge d’énergie.

Les plaisirs ne se prennent, ne se "cueillent" que dans l’action !

Le Lustprinzip (principe de plaisir de Freud) est primaire (c’est-Ă -dire physique) : l’organisme tend Ă  Ă©viter le dĂ©plaisir (rĂ©duction des tensions) sans besoin de s’ajuster Ă  la rĂ©alitĂ© (le principe de rĂ©alitĂ© est secondaire).

Le corps "en santĂ©", programmĂ© pour fuir la douleur, s’excite localement et vibre dans sa totalitĂ©. Il y a recherche d’une dĂ©charge de l’excitation accumulĂ©e... qui peut ĂȘtre partagĂ©e.

Concept psychologique qui a connu une histoire mouvementĂ©e Ă  travers les siĂšcles en Occident et n’a Ă©mergĂ© dans la culture "grand public" que depuis 1968 !

DerniĂšre question dans le champ de conscience : tout celĂ , "tu veux ou tu veux pas" ?

10 Je veux — la VolontĂ© (Willingness) ne fait qu’un avec l’acte transitif.

Elle est un processus qui dĂ©libĂšre de façon dynamique Ă  partir de besoins, qui organise et opĂšre un choix en vue d’actions destinĂ©es Ă  atteindre intentionnellement un but prĂ©Ă©tabli.

La formation du vouloir (volontĂ© en dĂ©libĂ©ration) et son application (dĂ©cision-passage Ă  l’acte) intĂ©resse aujourd’hui chercheurs “cognitifs” et de “neurosciences”, qui approfondissent le processus de “VOLITION” et mĂȘme celui du “noloir” (= ne pas vouloir).

Nous sommes trĂšs loin des spĂ©culations auxquelles cette "magicienne de l’ñme" (Jung) s’est prĂȘtĂ©e : puissance de “l’idĂ©e”, du “pensĂ©â€ qui s’impose et
s’affirme
(chez Spinoza) ; dĂ©sir “absolu mais en notre pouvoir” (chez Condillac) ; “libre arbitre” infini (chez Descartes) ; force et effort agissants (chez Maine de Biran) ; force “additionnelle et prĂ©alable, ante rem” (chez James) ; “puissance volitive” (chez Locke) ; â€œĂ©lan vital” (chez Bergson)...

La bonne (ou mauvaise) volontĂ© , si largement rĂ©partie, est dĂ©jĂ  une “disposition Ă  agir” (ou non). A volontĂ© signifie faire “autant qu’on le veut” ou “comme on veut”. Vouloir sans agir, est-ce encore vouloir ? s’interrogeaient dĂ©jĂ  les stoĂŻciens pour qui volontĂ© = puissance d’agir. Peut-on alors agir sans espĂ©rer : oui, et c’est ce qu’ils appellaient la vertu ! Car la volontĂ© ne fait qu’un avec l’acte dans l’acte volontaire, dit “transitif” par opposition Ă  d’autres actes (rĂ©flexes, expressifs, impulsifs, ludiques voire gratuits).

L’action humaine a cette caractĂ©ristique d’ĂȘtre soumise au rĂ©gime de la finitude. Parce que liĂ©e Ă  l’action, la volontĂ© s’inscrit dans les conditions du monde, dans le contingent (ce qui arrive qui aurait pu ne pas arriver). Parce que liĂ©e Ă  l’humain, la volontĂ© rĂ©pond Ă  des conditions prĂ©cises d’incarnation. Elle ne saurait rester un pur fait intĂ©rieur (illusion d’un "librearbitre" cartĂ©sien) !

Entre l’intention voulante et l’effectivitĂ© de la conduite se dĂ©termine l’acte volontaire. Pour chacun de nous, il s’agit de transformer une puissance en
pouvoir efficace
. Pour l’individu motivĂ© prĂȘt Ă  l’action agir volontairement c’est d’abord "savoir ce que l’on veut" !

L’intentionnalitĂ© n’est ni un dĂ©sir ni une impulsion mais la recherche de satisfaction d’un besoin rĂ©el. L’intention d’agir n’étant efficiente qu’avec le passage Ă  l’acte, elle oblige Ă  estimer les risques et Ă  se donner les moyens d’exĂ©cution intelligente.

Et dans le champ de conscience, la volontĂ© facilite comme elle peut "bloquer" certaines liaisons entre diffĂ©rentes fonctions. Mais elle participe toujours Ă  l’intĂ©gration de la personnalitĂ©.

Et le chemin continue
 par l’Ouverture de la conscience aux Mondes qui l’entourent.

 

Jacques d’Oc, dĂ©cembre 2016.